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La différenciation

« Une manière infaillible d’identifier les bons nageurs, c’est d’organiser un naufrage ».

Préambule :

La différenciation pédagogique dans la classe n’est pas l’apanage de certains domaines disciplinaires voire de certaines séances qui lui seraient réservée.

Définition :

Différencier c’est tenir compte des différences entre les élèves quelles qu’elles soient. C’est adapter son enseignement, sa pédagogie, les supports proposés aux élèves, les tâches demandées, le temps pour les réaliser, les aides éventuelles à apporter, ...C’est aussi s’adapter à ses élèves et leur proposer des tâches à leur niveau sans pour autant les mettre face à des situations qui seraient trop simples et ne feraient l’objet d’aucun apprentissage.

La différenciation pour qui ?

Pour tous les élèves. Pour ceux qui ont des difficultés comme pour ceux qui sont performants, rapides et réussissent en général mieux que les autres.

La différenciation par qui ?

Par l’enseignant de la classe en priorité mais aussi par tous les acteurs qui interviennent dans les apprentissages auprès des élèves (dispositif plus de maîtres que de classes, enseignant en langue, collègues du cycle ou du même niveau). Il est important de mutualiser les outils, les méthodes, les pratiques pédagogiques qui fonctionnent.

Avant de différencier il est nécessaire

d’organiser les espaces.

la circulation de l’enseignant dans la classe doit être facile et ne doit pas gêner les élèves

les élèves doivent pouvoir travailler seuls, par deux ou en groupes sans pour autant que cela nécessite un déplacement de mobilier

les élèves ne doivent pas « se gêner » lorsqu’ils ont une tâche individuelle à accomplir (nombre de choses sur les bureaux, taille des supports, élèves gauchers, …)

les élèves doivent avoir un accès facile à la lecture du tableau, des affichages

les élèves doivent avoir un accès facile aux outils tels que dictionnaires, Bescherelle, règles de grammaire, listes de vocabulaire élaborées en classe, imagiers (en maternelle), …

de faire l’emploi du temps de l’enseignant

L’emploi du temps de l’enseignant sera différent de celui des élèves. Alors que les élèves auront dans leur emploi du temps les grands domaines disciplinaires et les activités rituelles immuables (français, calcul mental, anglais, éducation physique, Arts visuels, ...), celui de l’enseignant sera plus détaillé et indiquera à l’enseignant les plages réservées à des dispositifs particuliers (soutien, aide aux élèves en lecture, manipulations mathématiques, lecture offerte, ...).

Cet emploi du temps de l’enseignant sera de préférence élaboré pour une courte période (quelques semaines maximum) puisque les besoins évolueront au fil de l’année scolaire et les dispositifs proposés évolueront de même.

de s’entraîner à gérer le temps

Le temps est ce qui est de plus indispensable pour mettre en place une aide efficace pour les élèves et pratiquer une réelle différenciation pédagogique. Il est donc indispensable de s’en tenir au temps prévu pour chacune des séances et ne pas déborder outre mesure de ce qui est raisonnable (de 30 à 45 min au total pour une séance). En tout état de cause, une séance commence par annoncer les objectifs d’apprentissage et se termine par une institutionnalisation de ce qui a été appris. Ces deux points sont des habitudes professionnelles incontournables.

de donner de « bonnes » habitudes aux élèves et d’être soi-même rigoureux quant au respect de celles-ci

Une différenciation pédagogique, aussi minime soit-elle, ne saurait exister sans une gestion de classe de qualité (cf. Gestion de la classe).
En effet, comment prendre en charge un petit groupe d’élèves si le reste de la classe n’est pas actif, concentré sur ses propres tâches voire bruyant, agité, oisif,... ?

Les élèves doivent prendre l’habitude de travailler en silence et doivent à tout moment savoir ce qu’ils ont à faire. Ne pas déranger l’enseignant (ni les camarades) une fois les consignes données (cela suppose rigueur et précision dans la passation de celles-ci - cf. Consignes)

Il est d’autre part important que l’autonomie des élèves soit développée et favorisée dès le début de l’année. Les outils à disposition des élèves pendant une activité doivent être accessibles sans pour autant le demander à l’enseignant. Cela fait référence aussi aux règles de vie et de fonctionnement de la classe mises en place conjointement dès le début de l’année.

Pourquoi différencier ?

Pour permettre à tous les élèves d’apprendre et de réussir. Pour lutter contre la « constante macabre » (cf. André Antibi).

Des recherches ont montré qu’un enseignant peut amener la majorité de ses élèves à réussir s’il ajuste ses formules pédagogiques et l’environnement d’apprentissage en tenant compte de la particularité de ses élèves.

Il est clair pour tout enseignant que tous les élèves n’apprennent pas de la même façon et au même rythme.

Les élèves sont différents par leurs acquis, leur comportement, leur rythme de travail sur une tâche donnée, leurs motivations, leurs profils familiaux, leurs profils d’apprenant, …

Face aux contraintes scolaires, certains élèves éprouvent des difficultés passagères. L’enseignant doit faire en sorte qu’elles ne s’ancrent pas dans la durée.

Pour d’autres, les difficultés sont bien installées et il est fondamental de casser le schéma d’échec chez l’élève pour lui permettre de reprendre confiance en lui et aborder les apprentissages dans les meilleures conditions possibles, lui redonner envie d’apprendre et de venir à l’école avec plaisir.

Pour finir sur le pourquoi, tous les enseignants ont cette envie de faire de la différenciation car ils en sentent bien la nécessité en faisant référence à la « gestion de l’hétérogénéité ». L’objet de ce document est de tenter de donner un maximum de pistes pour permettre une réelle mise en œuvre de cette « chimère pédagogique ».

Différencier ce n’est pas :

Faire de l’enseignement individualisé.
Uniquement ce que l’on fait avec les élèves en « aide personnalisée »
Uniquement faire des variations dans la pratique pédagogique en faisant alternativement du collectif, de l’individuel, …

Mais c’est plutôt :

mettre en place une démarche pédagogique pour la mise en œuvre de moyens multiples et variés, de procédures d’apprentissage mais aussi d’enseignement.
une posture « variable » de l’enseignant qui tour à tour adoptera les postures de contrôleur, d’accompagnateur, de facilitateur ou de contre-étayage, de lâcher-prise, de magicien, d’enseignement (cf. Dominique Bucheton)
c’est varier ses formules pédagogiques autant qu’adapter ses interventions auprès des élèves mais aussi et avant tout anticiper sur leurs difficultés comme sur leurs réussites. La différenciation se prépare !

Comment différencier ?

Quelques premières idées simples à mettre en place à partir du document officiel du Plan d’Accompagnement Personnalisé (PAP)
Loi du 8 juillet 2013 d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école de la République

Adaptations et aménagements à mettre en place en fonction des besoins de l’élève

Adaptations transversales

Installer l’élève face au tableau

Veiller à la lisibilité et à la clarté de l’affichage (Cf. Affichages. Ne pas surcharger les murs et ne pas utiliser certaines couleurs illisibles par certains élèves)

Utiliser un code couleur par matière

Privilégier l’agenda au cahier de textes (NDLR : tous les supports utilisés par les élèves doivent faire l’objet d’un apprentissage)

Vérifier que l’agenda (le cahier de textes) soit lisiblement renseigné

Agrandir les formats des supports écrits (A3) (cf. adaptation spécifiques pour élèves malvoyants ou dyslexiques)

Donner des supports de travail ou d’exercices déjà écrits (QCM par exemple)

Fournir des photocopies pour privilégier l’apprentissage et le sens donné

Surligner les énoncés ; surligner une ligne sur deux

Proposer à l’élève des outils d’aide (cache, règle, tables de X, ...)

Fournir à l’élève des moyens mnémotechniques (NDLR : c’est une erreur de croire qu’une règle énoncée en classe, aussi longues soient les explications la concernant, sera comprise, mémorisée et appliquée le moment venu !)

S’assurer de la compréhension du vocabulaire spécifique (NDLR : le vocabulaire actif des enfants est loin d’être aussi étendu que celui de l’enseignant et des confusions peuvent persister avec des élèves peu francophones)

Aider à la compréhension par une explicitation ou une reformulation de la part de l’enseignant (NDLR : ne pas confondre « redite » et « reformulation »)

Mettre en place un tutorat par l’intermédiaire d’un élève qui lit à voix haute les consignes (NDLR : le tutorat ne s’improvise pas. Il doit faire l’objet d’un accompagnement)

Énoncer l’objectif de la séance et en faire une synthèse à la fin (NDLR : c’est un corollaire indispensable à tous les apprentissages)

Proposer des activités qui pourront être achevées avec succès, qui valoriseront l’élève

Autoriser l’utilisation d’une calculatrice simple (permettant les quatre opérations) dans toutes les disciplines

Utilisation de l’informatique :

Permettre l’utilisation de l’ordinateur et de la tablette

Permettre l’utilisation d’une clef USB

Permettre l’utilisation de logiciel ou d’application spécifique

Permettre à l’élève d’imprimer ses productions

L’évaluation

Accorder un temps majoré

Donner les consignes à l’oral

Adapter la situation, les supports de l’évaluation de façon à limiter l’écrit :

  • proposer des QCM ;
  • proposer des schémas à légender ;
  • proposer des exercices à trous, à cocher, à relier

Autoriser différents supports (tables de calcul, fiches chronologiques, fiches mémoire)

Privilégier les évaluations sur le mode oral

N’évaluer l’orthographe que si c’est l’objet de l’évaluation

Ne pas pénaliser le soin, l’écriture, la réalisation de figures…

Évaluer les progrès pour encourager les réussites

Leçons (NDLR : apprendre une leçon, un résumé, une poésie n’est pas une compétence innée, cela doit faire l’objet d’un travail progressif en classe tout au long de la scolarité - car les exigences s’accroissent au fur et à mesure que l’élève change de niveau)

Proposer l’apprentissage des mots clés uniquement (NDLR : c’est un apprentissage indispensable pour tous les élèves. Cf. apprendre à apprendre - Philippe Meirieu)

Fournir une fiche « mémoire » (dessins, symboles...)

Lecture/langage oral

Recourir de manière privilégiée à des jeux proposant un travail de la conscience phonologique

Accentuer le travail sur la combinatoire

Avant même de lire le texte, lire les questions qui seront posées afin de faciliter la prise d’indices par l’élève. (NDLR : cela doit être une habitude donnée aux élèves dans toutes les situations comportant des questions)

Proposer à l’élève une lecture oralisée (enseignant ou autre élève) ou une écoute audio des textes supports de la séance

Surligner des mots clés /passages importants pour faciliter la lecture de l’élève

Proposer à l’élève un schéma chronologique du récit (l’amener à indiquer ce qu’il a retenu, paragraphe après paragraphe, à l’aide d’un schéma)

Production d’écrits

Simplifier les règles en introduisant des indices visuels (pictogrammes,

croquis en plus du texte)

Adapter les quantités d’écrit (dictée à trous, à choix, ...)

Privilégier l’apprentissage des mots en passant par l’oral (épeler, faire le

geste dans l’espace) et non par la copie

Limiter les exigences sur l’emploi de règles précises.

Recourir à la dictée à l’enseignant

Diminuer la quantité d’écrit sur chaque feuille

Mathématiques

Autoriser l’utilisation des tables de multiplication (ou de la calculatrice) pendant les cours et les contrôles

Privilégier la présentation des calculs en ligne

Présenter les calculs en colonnes avec des repères de couleur (ex : colonne des unités en rouge, des dizaines en bleu et des centaines en vert)

Admettre que la réponse ne soit pas rédigée si les calculs sont justes

Ne pas sanctionner les tracés en géométrie

Laisser compter sur les doigts

Utiliser la manipulation (pliages, objets 3D…)

Travailler sur les « qui…qui » (qui est perpendiculaire à…et qui passe…) et les syllogismes

Colorier les différentes colonnes des tableaux à double entrée (en utilisant des couleurs différentes)

Favoriser, autoriser la résolution des problèmes avec recours à la schématisation

Pratique d’une langue vivante étrangère

Veiller à ce que la perception de départ soit correcte : prononcer le plus distinctement possible et pas trop vite, écrire clairement au tableau en gros caractères

Travailler la prononciation des sons même exagérément

Utiliser un enseignement multi sensoriel ; entendre, lire, voir (images), écrire.

Grouper les mots par similitude orthographique/phonologique, faire des listes.

Utiliser des couleurs pour segmenter les mots, les phrases

Expliquer et traduire la grammaire, les tournures de phrases

Différenciation

Extrait d’un emploi du temps mettant en œuvre la différenciation