AEFE | Lycées français d'Afrique

Portail Afrique

Accueil > Ressources > Porfolio des enseignants débutants > Pédagogie et didactique > Pédagogie générale > Ficelles du métier

Ficelles du métier

Quelques « ficelles » du métier pour débuter.

1) Le rôle de l’enseignant

Le maître a un double rôle : celui d’éducateur et celui de passeur de connaissances. Ces deux rôles sont complémentaires et ne peuvent se construire l’un sans l’autre. Le maître permet aux élèves de construire leurs apprentissages en leur proposant un cadre et des situations de travail adaptés.

Pour cela, il lui faudra associer progressivement les élèves à la construction du cadre (règles de vie de la classe, de l’école, règles des apprentissages…). Mais le maître ne devra pas oublier qu’il est l’adulte dans la classe, c’est à dire le garant de la loi, celui qui est là pour la faire appliquer et la faire respecter.
Il est aussi le responsable de la sécurité physique, affective et morale des élèves.

Ce n’est pas en laissant les élèves « libres » qu’on les rend « autonomes ». Les psychologues disent souvent qu’un enfant se construit en s’opposant : le maître doit donc proposer un cadre « solide », « sûr », défini avec la collaboration des élèves et non négociable quand il n’est pas respecté.
La crédibilité de la notion de règle est en jeu.

2) L’attitude du maître

Le maître, qu’il le veuille ou non, est un référent, un « modèle » pour les élèves. Son attitude induit souvent le comportement des élèves. Comment interdire de mâcher un chewing-gum en classe si soi-même, on se le permet ? Réfléchir à son comportement en classe, le travailler doit faire partie de la préparation de la classe. Une classe où le maître se montre assuré, disponible, ferme, précis et rigoureux, calme et dynamique a toutes les chances d’être une classe qui « fonctionne » bien.

Les élèves quel que soit leur âge ou leur niveau de classe ne supportent pas les injustices. L’enseignant se doit donc d’être juste tout au long de la journée de classe et ne pas être laxiste avec certains et ferme avec d’autres. L’école de la République place tous les élèves sur un pied d’égalité. Il n’y a pas de « bons » et de « mauvais » élèves pour l’enseignant, il n’y a pas non plus de « chouchou » ou d’élève favori qui recueillerait toutes les faveurs du maître.

Un élève sanctionné pour une déviance ou un non-respect de la règle ne doit pas être pour autant mis à l’écart du groupe classe et doit pouvoir compter sur l’aide de l’enseignant tout comme les autres.

a) Assurance et disponibilité

Avoir suffisamment préparé sa classe pour se sentir à l’aise et de ce fait être disponible, être à l’écoute des élèves ; pouvoir prendre en compte leurs interventions et les intégrer à la démarche prévue.

b) Fermeté

  • Savoir dire non, sans se fâcher pour autant.
  • Exiger des élèves le respect des consignes.
  • Tenir sa parole : ne pas annoncer des sanctions (ou des récompenses) que l’on ne sera pas capable de tenir. Il y va de la crédibilité de l’adulte…

Par exemple, si on demande aux élèves de « se taire », il faut être capable d’obtenir le silence. Sinon, il est préférable de ne pas le demander et de trouver une autre stratégie.

Éviter de compter (1, 2, 3) pour obtenir le silence (que se passe-t-il après 3 si le silence n’est pas revenu ?). Éviter de crier pour obtenir le calme qui ne serait qu’éphémère la plupart du temps et exciterait les élèves qui ne l’étaient pas jusqu’alors. Bannir les « chut » incessants qui finissent pas devenir un tic verbal et n’ont plus aucun effet sur les élèves.
Un élève qui sait parfaitement ce qu’il doit faire à tout moment, comment le faire, pourquoi il le fait, un but et un objectif ciblés, avec une tâche accessible, qui sait pouvoir compter sur l’aide du maître,... est en général un élève calme et silencieux.

Pour rester crédible, le maître doit avoir réfléchi aux sanctions possibles et avoir intégré les élèves de la classe dans leur acceptation en début d’année :

  • éviter l’escalade (Ex : copier 500 lignes – ce qui est en soi une aberration ! - ).

Il faut réfléchir à la « symbolique » de la punition, à ses effets dans la famille, sur l’élève en termes d’apprentissage et de représentation de l’école.

  • avoir des sanctions adaptées aux situations qui respectent la sécurité de l’enfant et les textes en vigueur.

On ne peut pas (c’est formellement interdit par les textes qui régissent l’Éducation nationale), par exemple, mettre un élève à la porte de la classe, dans le couloir, sans surveillance ou priver un élève d’une récréation complète, ou pire encore lui donner des exercices de mathématiques comme punition. Le maître doit réagir immédiatement à tout écart aux règles de vie sans pour autant donner une punition.
Anticiper les débordements avant d’arriver à la sanction est un geste professionnel incontournable.

BANNIR TOUTE FORME D’HUMILIATION OU DE STIGMATISATION D’UN ÉLÈVE QUI NE RESPECTE PAS LES RÈGLES !

Souvent le regard, un geste de la main, le déplacement du maître vers l’élève suffisent. Ce qui est important, c’est que l’adulte montre son désaccord. La punition, la sanction ne doivent arriver que dans des cas « graves ». Dès que possible, il faudra associer les élèves à une réflexion (conseil de classe, d’élèves, lecture du règlement de l’école, etc.) : qui permettra de rendre visibles pour tous et explicites les règles et les sanctions et de ne pas laisser s’instaurer la négociation.

Se déplacer dans la classe et aller chuchoter calmement à l’oreille d’un élève pour le reprendre sur une attitude inconvenante est plus efficace que de crier son nom de l’autre bout de la classe (perturbant ainsi tous les autres et stigmatisant l’élève en question).

Il faut y veiller dès les premiers jours de classe, période où l’enfant teste les limites de l’autorité du maître.

c) Précision et rigueur

Formulation des consignes : Utiliser un vocabulaire précis, travailler la clarté, particulièrement pour les consignes de départ qui conditionnent la mise au travail. L’incompréhension de ce qu’il faut faire entraîne démobilisation et désordre.

Ne pas enchaîner une suite de consignes alors que les élèves n’ont pas eu le temps de répondre à la première.

Les consignes bien formulées (ce qui se conçoit bien s’énonce clairement) se suffisent à elles-mêmes et ne doivent pas donner lieu à un commentaire du maître ou à des compléments d’informations pendant l’exécution de la tâche par les élèves.

Prendre l’habitude de donner la consigne une seule fois, ce qui oblige, l’élève à une écoute efficace.

Pas de questions à la cantonade qui appellent généralement des réponses en chœur (et créent le désordre…).

Préférez : « Levez la main, les élèves qui ont terminé l’exercice » à « Qui a fini ? ». Cela dit, une circulation fréquente dans la classe permet d’avoir 9 fois sur 10 la réponse à cette question. D’autre part, une bonne réflexion sur le temps de la part de l’enseignant en amont sur son cahier journal doit lui permettre de ne pas déborder du cadre prévu. En règle générale, si l’enseignant donne 5 minutes pour un exercice, il ne doit pas en donner 2 de plus puis encore 2 de plus pour achever la tâche. Une bonne habitude à prendre est de s’en tenir au temps annoncé (systématiquement) aux élèves. Une fois le temps écoulé, fini ou pas fini, on s’arrête ! (il en va de la crédibilité de ce temps annoncé et de l’empiétement éventuel sur la suite de la séance ou sur les séances à suivre).

S’adresser toujours à un élève (ou un petit groupe) à voix basse plutôt qu’à la classe avec une voix de stentor (pour ne pas déranger les autres).

Organisation matérielle :

Indiquer précisément aux élèves :

  • quel matériel sortir ? À quoi va-t-il servir ?
  • que faire quand on a terminé ?
  • où ranger la tâche ou l’exercice terminé ?
  • Faire ranger le matériel avant toute autre séance (prévoir une transition).

Ne donner les consignes que lorsque l’ensemble de la classe est prête à les écouter (difficulté pour un enfant d’avoir une attention partagée).

Une séance doit s’ouvrir et se clore :

S’ouvrir : Référence à l’emploi du temps quotidien ;

  • lecture du domaine et du sujet,
  • mobilisation de l’écoute des élèves (regards, position : mains posées à plat sur la table pour les petits, par exemple). Formule d’appel ou situation initiale motivante (théâtraliser est un outil efficace).
  • annonce des objectifs et/ou des finalités.

Se clore : Faire dire ce que l’on a fait, ce que l’on a appris, synthétiser, « institutionnaliser les savoirs ».

Faire imaginer la suite.

La clôture d’une séance doit être institutionnalisée et doit rassembler tous les enfants dont certains, peut-être les plus rapides, sont en attente, plongés dans d’autres activités, dans d’autres coins de la classe. Il s’agit de recentrer l’attention de tous sur la séance qui vient de se dérouler.

Penser à l’enchaînement de deux séances est indispensable : (cf. les transitions)

  • chant, poésie
  • jeux de doigts, comptine en maternelle
  • lecture d’une histoire courte
  • retour à l’analyse de l’emploi du temps…

afin de créer un temps de « repos », de « relâchement » avant une nouvelle concentration.

d) Calme

  • Voix posée, modulée.
  • Propos mesurés, vocabulaire « académique » et adapté
  • Positionnement dans la classe (s’approcher d’un élève un peu turbulent, se mettre au fond de la classe pour obliger un élève au tableau à parler plus fort…)
  • Utilisation de gestes codés entre le maître et les élèves. Par exemple, un doigt sur la bouche ou le maître qui s’assoit au bureau sans rien faire peut signifier, pour la classe, une attente de remise au calme.
  • Pas de gestes brusques pouvant être assimilés à de l’agression.

e) Dynamisme

  • Utiliser la théâtralisation
  • Moduler sa voix,
  • « Mettre en scène » les situations ; par exemple en maternelle, c’est toi la maîtresse, que vas-tu leur dire pour qu’ils comprennent… C’est difficile mais je vais voir si vous êtes capables de… Je vous ai apporté une surprise, elle est cachée dans ce sac…
  • Lire, raconter de façon expressive et vivante.
  • Utiliser son corps pour accompagner consignes ou réprimandes (faire les gros yeux, ouverture des bras pour accueillir les réponses des élèves…)

En bref, donner envie…

3) Relations avec les familles

L’autorité du maître doit également être reconnue des familles.

Pour cela, le maître doit être crédible :

  • régularité dans la communication du travail aux familles,
  • correction des cahiers soignée,
  • mots de liaison pensés et recevables par les familles ; par exemple n’écrivez pas : « votre enfant a été odieux aujourd’hui… » mais plutôt « j’aimerais vous rencontrer pour discuter du comportement de votre enfant en classe ».
  • disponibilité : écoute des parents.

L’enseignant se doit d’informer les familles de :

  • ses options pédagogiques,
  • ses exigences éducatives,
  • les règles de vie de la classe, etc.
  • du fonctionnement des cahiers, des devoirs, etc.

sous forme de réunions de classe et/ou de rencontres individualisées.

La première réunion de parents est décisive et demande une préparation pointue.

En conclusion, ces réflexions devraient permettre à un maître débutant d’inscrire la gestion du groupe dans son travail de préparation (préparation à long terme mais aussi préparations quotidiennes des séquences) et de ne pas confondre deux notions trop longtemps associées :

  • « autorité », qualité intrinsèque et reconnue à une personne (autorité de l’adulte, autorité de compétences)
  • « autoritarisme », désir de dominer et application irréfléchie des règles (parce que le maître se sent démuni).

Si l’enseignant prend en compte tous les paramètres évoqués, trop rapidement il est vrai, ses élèves lui reconnaîtront « l’autorité » inhérente à sa fonction.